C14(a) - La politique étrangère
Date: Jun 13 | Heure: 03:30pm to 05:00pm | Salle: McGill College 2001 1552
Discussant/Commentateur/Commentatrice : Philippe Lagassé (Carleton University)
La place de l’Inde dans la stratégie Indopacifique du Canada à l’aune de l’évolution de la relation Inde-Canada: Nicolas-Francois Perron (Université du Québec à Montréal), Justin Massie (Université du Québec à Montréal)
Abstract: L’identité canadienne façonne en partie sa politique étrangère. Elle s’est traduite en différentes cultures stratégiques, soit en différents courants de croyances, normes et cultures hiérarchisant le comportement extérieur. Liée à l’histoire, la géographie et la démographie, cette identité a été influencée par des liens impériaux avec la Grande-Bretagne, un continentalisme nord-américain, ainsi que par un euroatlantisme marqué par l’OTAN. Toutefois, l’élément « Pacifique » du Canada a été relégué au second plan dans la formation de cette identité nationale extérieure. Pourtant, les dernières années ont amené un intérêt nouveau pour la région, notamment avec la publication de la Stratégie Indopacifique en 2022, au sein de laquelle l’Inde y occupe une place prépondérante.
Alors que les diasporas indiennes occupent une place politique croissante au Canada, les révélations du premier ministre Trudeau au sujet de l’assassinat présumé de Hardeep Nijjar, citoyen canadien et leader d’un mouvement indépendantiste sikh, par des agents du gouvernement indien ont entraîné une escalade de tensions entre les deux pays. Dans ce contexte, comment est-ce que l’Inde s’inscrit dans le développement de l’identité indopacifique canadienne en politique étrangère ? Nous proposons que la dégradation de ces relations bilatérales pourrait avoir un impact sur cette « identité indopacifique » qui est relativement récente et encore en développement. Nous retraçons le développement de cette identité du Canada et de la place de l’Inde dans celle-ci, à travers une analyse computationnelle des prises de position des élus et des médias canadiens depuis le pivot américain vers l’Asie en 2011, ainsi qu’à travers une série d’entretiens.
Une politique « post-étrangère » ? Justin Trudeau, l’imaginaire sociétal postnational du Canada et les mythes de la politique étrangère canadienne (2015-2019): Charles Berthelet (Université du Québec à Montréal)
Abstract: L’approche constructiviste a permis d’assoir le rôle souvent prépondérant de la culture stratégique, de l’identité nationale et d’autres représentations collectives entretenues par les décideurs au sein des États dans la détermination des orientations de leur politique étrangère (PE) respective. Dans ce cadre, des travaux précédents faisant valoir la relation coconstitutive entre identité et intérêts nationaux ont été entrepris afin de cartographier ou de consigner les mythes structurant et agissant la politique étrangère canadienne (PEC), avec pour objectif à la fois d’en éclairer les fonctions premières et d’en révéler la substance même, lesquelles s’avèrent à un certain degré toujours identitaires. Comme le montrent notamment Massie et Roussel (2008), la fonction identitaire de la PEC et de ses mythes constitutifs a pendant très longtemps servi l’objectif et la promotion de l’unité nationale canadienne. Reprenant ce thème, la contribution de ce papier est double : d’une part, il s’agit d’introduire le mythe d’une « nation civique » comme l’une des facettes majeures de l’imaginaire sociétal du Canada ayant opéré en politique intérieure depuis la transformation de l’identité canadienne vers la moitié du 20e siècle ; d’autre part, il s’agit de démontrer (par une analyse des énoncés de PE et de la littérature secondaire pertinente) comment la nouvelle identité dite « postnationale » du Canada proposée par Justin Trudeau lors de son mandat majoritaire initial (2015-2019) procède en fait d’une reconfiguration du mythe de la nation civique tel qu’arrimé au message unificateur plus traditionnel de la PEC et désormais exprimé à travers cette dernière.
Polarisation, guerre totale, déshumanisation : le discours politique face au terrorisme: Camille Marquis Bissonnette (Université du Québec en Outaouais)
Abstract: La communication proposée présente une analyse comparative des discours politiques ayant suivi les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis et du 7 octobre 2023 en Israël. Elle permet d'explorer comment le choc et la sympathie internationale pour les victimes civiles d'une attaque terroriste d'ampleur a dans les deux cas servi de levier a une terminologique justifiant une réponse militaire forte, doublée d'une négation des droits humains des personnes présentées comme étant associées au camp adverses. La présentation trace pour les axes du discours communs à ces deux moments historiques, de la polarisation à la déshumanisation. Elle avance l'idée que la qualification comme terroriste d'une telle attaque, au vu du sens indéterminé, polémique et polarisant de ce mot, contribue à fonder ou à légitimer un telle rhétorique de l'absolu, en contradiction fondamentale de l'esprit du droit international des droits humains; celui-ci ayant à sa base une prise en compte de l'humanité commune et des considérations élémentaires de justice, pour tout être humain.